Comment les mathématiques peuvent aider les journalistes

Comment les mathématiques peuvent aider les journalistes

Les compétences mathématiques sont importantes pour les journalistes. Elles peuvent les aider à éviter des erreurs de calcul ou des interprétations erronées de données lorsqu’ils mènent une investigation ou des enquêtes sur des sujets complexes.

Mais ce n’est pas tout. Dans une société en proie aux quantités pharaoniques de données et sujette aux crises protéiformes et aléatoires, les journalistes ont besoin de spécialistes en mathématiques pour éclairer, expliquer, prédire et aider le public à comprendre le monde.

Pour peu qu’on y prête attention, on constate que le nombre de mathématiciens interviewés dans les médias est anémique. Pourquoi les journalistes font-ils rarement appel aux praticiens de cette discipline utilisée dans tous les domaines ?

Durant la crise du COVID-19, ces journalistes n’ont jamais eu autant besoin d’elles : pour analyser les chiffres avancés, interpréter les statistiques et calculer, au besoin, le taux d’infection, de létalité, d’incidence, de positivité, de décès et de survie. Les mathématiques sont donc partout.

Qu’est-ce qui explique alors que les chercheurs en mathématiques n’aient guère la cote auprès des journalistes ? En quoi cette science peut-elle s’avérer utile au journalisme ? De quelles compétences mathématiques ont besoin ceux et celles qui couvrent l’actualité ?

Pour recueillir des éléments de réponses, le Forum Pamela Howard de Reportage sur les Crises Mondiales du Centre International pour les Journalistes (ICFJ), s’est entretenu, le jeudi 29 juin 2023, via un webinaire, avec Fad Seydou, docteur en mathématiques.

Comprendre les notions mathématiques

Il arrive assez fréquemment, lors de la lecture des articles dans lesquels les journalistes s’adonnent à l’interprétation des chiffres, de constater qu’ils auraient fourni une meilleure explication s’ils avaient une appréhension plus solide des mathématiques, énonce d’entrée Fad Seydou. Le seul moyen pour eux d’accomplir avec brio cette tâche, de bien faire comprendre les chiffres, réside dans l’acquisition “des notions mathématiques.”

Le docteur offre un exemple. “Si vous faites un reportage sur les candidats qui ont passé le baccalauréat, il faut calculer le pourcentage des candidats de l’année présente et passée, pour voir s’il y a vraiment une progression ou une régression, avant de parler de moyenne.” Les journalistes gagneraient, estime-t-il, à considérer ces données en valeur relative et savoir quand il convient de parler d’écart-type. 

Il insiste sur l’importance pour les journalistes de se familiariser avec ces notions mathématiques : la moyenne, la médiane et l’écart-type. C’est en saisissant pleinement ces concepts qu’ils pourront “faire la différence entre l’un et l’autre,” et déterminer le contexte approprié pour les utiliser. De plus, le coordinateur national de la Société Malienne des Sciences Appliquées (MSAS) juge nécessaire que les journalistes soient capables d’interpréter les courbes et les histogrammes.

Se servir des mathématiques pour couvrir le changement climatique

Les mathématiques peuvent apporter une précieuse contribution à la manière dont les journalistes couvrent le changement climatique, l’une des crises les plus urgentes de notre siècle, et dont les effets sont visibles à l’échelle mondiale. Dans le Sahel, où le changement climatique accélère la sécheresse, les journalistes peuvent, par exemple, commencer par s’intéresser aux chiffres, en investiguant “le nombre d’animaux qui sont morts,” des éléments qui peuvent servir, selon le professeur, de point de départ d’une enquête. 

Solliciter l’avis des chercheurs en mathématiques

Parmi les nombreux défis qui affectent notre planète, il est très difficile de trouver un domaine où les mathématiques ne jouent un rôle très important, explique Fad Seydou, qui a fait des études de mathématiques à l’université Lomonosov de Moscou, puis au département de mathématiques de l’Université d’Oulu, en Finlande.

Les journalistes doivent se tourner vers les mathématiciens pour solliciter leurs avis sur divers phénomènes et évolutions, leur demander comment comprendre telle ou telle question. Cependant, il recommande de vérifier au préalable que l’expert en mathématiques a travaillé dans le domaine sur lequel vous souhaitez l’interviewer. 

M. Seydou souligne que les mathématiques sont essentielles, car sans elles, “il n’y a pas de physique, ni de chimie, ni de biologie, ni d’ingénierie, ni de médecins.” Lui qui a travaillé comme chercheur dans plusieurs universités, notamment à l’université de Maryland, College Park, aux Etats-Unis et à l’université de Waterloo au Canada, considère que la disparition des mathématiques serait synonyme de la disparition d’une nation.  Ainsi, les journalistes doivent s’y former.

Intégrer les mathématiques dans les écoles de journalisme

C’est en tout cas ce que propose Fad Seydou au cours de ce webinaire qui a duré près d’une heure et durant lequel il était l’intervenant exclusif. “Pour moi, au sein des écoles de journalisme, il faut vraiment enseigner les mathématiques pour que les journalistes aient une bonne formation.”

Pourquoi est-ce important ? Parce que, insiste-t-il encore, pour les journalistes, il est essentiel d’être en mesure d’interpréter les chiffres, de comprendre les moyennes qu’ils sont en train de calculer, pour essayer d’expliquer de façon simple aux populations, ce que les données veulent dire.

Cela leur éviterait, pense le professeur, de fournir des interprétations erronées. “Même si ce n’est pas fait exprès, c’est toujours dangereux de mentir pour un journaliste.” Sa crédibilité risque d’en pâtir. Il rappelle que quand un journaliste communique des chiffres erronés, “ils seront mal interprétés non seulement par les décideurs mais aussi par les populations.” 

La formation des journalistes en mathématiques est un paramètre, dit-il, qu’il faut intégrer dans les équations. Les mathématiques sont indispensables aux journalistes. Ces derniers devraient donc, “établir une relation durable et collaborer avec les mathématiciens.” Il a cependant conclut en reconnaissant toutefois que “ces derniers ont plus besoin des journalistes.”

Par Kossi Balao, journaliste scientifique multiprimé

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