Lutte contre la corruption sous la transition : La justice est-elle réellement aux trousses des délinquants ou c’est une chasse aux sorcières ?

Lutte contre la corruption sous la transition : La justice est-elle réellement aux trousses des délinquants ou c’est une chasse aux sorcières ?

C’est à quelques cinq petits mois de la fin de la transition que le glaive de la justice commence véritablement à s’abattre sur les présumés délinquants financiers qui ont pillé les caisses de l’Etat. S’il n’est jamais trop tard pour bien faire, le timing semble être un handicap quand on sait que dans cinq mois les tenants actuels du pouvoir passeront la main aux autorités démocratiquement élues et que les dossiers pourront connaitre des nouveaux rebondissements. A moins qu’Assimi Goïta ne veuille prolonger son bail, comme il est de coutume sous nos tropiques, pour parachever ses chantiers ouverts, dans le cas contraire au nom de l’indépendance de la justice, peu importe le régime, l’institution judiciaire doit rester droite dans ses bottes et faire son travail. Sauf que dans le cas d’espèce du Mali, il y a un fort soupçon d’instrumentalisation de la ,justice à des fins politiques, sinon comment comprendre que des cadres croupissent encore en prison depuis belle lurette sans être ni jugés, ni relaxés. La justice va-t-elle se blanchir de ce préjugé  en rendant la justice de façon équitable et au nom du peuple? Il n’y aurait-il pas deux poids deux mesures ? Que faut-il faire pour soustraire la justice des griffes de l’exécutif pour être totalement indépendante ?

Que nul ne soit épargné, mais que la justice juste soit appliquée au grand bonheur du peuple malien. Le régime du  Colonel Assimi Goita en commençant véritablement la lutte implacable contre la corruption réalise l’un des vœux les plus ardents du peuple malien celui de poursuivre et de punir tous ceux qui ont pillé les ressources financières du pays. Dans ce combat, qu’il soit dit en passant, s’il est sincère, Assimi Goita  aura  non seulement le soutien sans faille du peuple, mais aussi et surtout il  écrira une nouvelle page de l’histoire récente de notre pays. Le combat est très noble, mais il ne manque pas de susciter également des réactions les unes positives les autres négatives. En effet, si beaucoup de maliens apprécient ce réveil, même s’il est tardif, de la justice pour traquer les délinquants financiers qui ont spolié nos ressources, la subite réaction de la justice ne manque pas non plus de susciter beaucoup d’interrogations tant sur son but que sur son efficacité. En effet, alors même que la lutte contre la corruption occupe une place de choix dans les objectifs, voir le programme de la transition, force est tout de même  de constater que de nombreux citoyens  redoutent un stratagème pour faire taire certains opposants ou encore pour se refaire une nouvelle  popularité afin de prolonger la transition.

 La justice va-t-elle se blanchir de ce préjugé  en rendant la justice de façon équitable et au nom du peuple?  

Si les présumés coupables qui ont été mis sous mandat de dépôt ont eu, à un moment donné, à gérer les derniers publics, donc ils doivent impérativement  rendre compte de leur gestion, force est de constater que c’est la justice malienne qui n’inspire pas confiance. Elle est taxée de justice instrumentalisée et aux ordres du prince régnant. Sinon il ne fait l’ombre d’aucun doute que la corruption a été érigée en système de gestion dans le pays sous le régime défunt d’IBK et ceux qui sont interpellés doivent rendre compte de leur gestion. Fort de ce constat, la justice doit faire sa mue en essayant de se blanchir de ce préjugé pour rendre la justice de façon équitable et au nom du peuple. C’est à ce prix qu’elle devient l’espoir des pauvres et de plus démunis.

Il n’y aurait-il pas deux poids deux mesures ? Que faut-il faire pour soustraire la justice des griffes de l’exécutif pour être totalement indépendante ?

Une autre question non moins légitime taraude les esprits, celle relative à une justice à deux vitesses, celle des vainqueurs sur les vaincus. Donc pour éviter tout soupçon, nul ne doit être épargné qu’on soit ancien dignitaire ou actuel membre d’un des organes de la transition, le glaive de la justice doit s’abattre sur tous les délinquants financiers. Il nous a été donné de constater qu’un membre du CNT incriminé dans une affaire de détournement des derniers publics échappe encore à la justice.

Quid de certains ministres en fonction qui ont des sulfureux dossiers au Pôle économique ? Nul ne doit échapper à la justice, en tout cas il y va de la crédibilité de l’institution judiciaire. A la question de savoir que faut-il faire pour soustraire la justice des griffes de l’exécutif pour qu’elle soit totalement indépendante ? La réponse est qu’il faut tout d’abord des hommes et de femmes intègres et désintéressés au sein de la justice ensuite qu’il y ait cette volonté politique affichée de la part des dirigeants, et cela n’est possible qu’à travers des réformes, pas celles qui concentrent entre les mains d’un Président de la République tous les pouvoirs, mais plutôt  qui consacrent véritablement la séparation des pouvoirs.

Pour rappel les constitutions sous nos tropiques font d’un Président de la République un demi-dieu. A titre d’exemple, le Président de la République est non seulement le chef de l’exécutif, ensuite il est le Président du Conseil supérieur de la magistrature, le chef suprême des armées, c’est encore lui qui a le monopole du parlement avec une majorité conquise après les urnes, il est enfin celui qui fait et défait toutes les autres institutions. En somme, une justice équitable, désintéressée, droite, intègre serait gage de stabilité, de confiance entre gouvernants et gouvernés.

Youssouf Sissoko 

Source: L’Alternance

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